CLOTILDE ANCARANI
La Tendresse du Bronze

Le mix des origines de Clotilde Ancarani n’est pas courant.
Son talent non plus. Façonner le bronze comme une aile de papillon, essayez pour voir…

Texte Stève Polus & D.R. | Photos Courtesy of Mélissa Paul Gallery

Clotilde Ancarini

Cette sculptrice italo-belgo-américaine s’est fait un nom, malgré un prénom galvaudé par un roman oublié de Cécil Saint-Laurent, Prénom Clotilde. Clotilde Ancarani, ça sonne bien. Clair comme le bronze qui tinte et résonne sous un petit coup sec. Ce bronze, elle le traite avec une étonnante légèreté, lui donne des formes d’éventails, de feuilles, de fleurs vert de gris, d’écorces d’arbre enroulées en s. Elle en avait même fait des robes de bal, qui semblaient légères malgré leurs 350 kilos. Elles les a remisées au vestiaire pour se consacrer depuis quelques années à un design qui est un peu sa réinterprétation de l’Art Nouveau.

“LA BEAUTÉ NAÎT SOUVENT DE LA RÉSISTANCE”

“L’Art nouveau belge, avec ses lignes raffinées et sa précision fonctionnelle, m’a appris que la beauté ne peut exister sans exigence et que la véritable création nécessite de se débarrasser du superflu. Aujourd’hui encore, je recherche l’harmonie entre des forces opposées : la force et la fragilité, l’audace et la grâce, le poids minéral du bronze et la fluidité de l’organique, la rigueur formelle et le geste spontané. C’est le reflet direct d’un héritage où trois cultures coexistent en moi, sans jamais se fondre complètement. »

”C’est une poétique du contraste”, dit-elle, “je traduis le rythme délicat des feuilles et des tiges, la générosité des plantes fragiles, en une présence dense et imposante du bronze. Cette tension n’est jamais neutre. Elle nous rappelle que la beauté naît souvent de la résistance et que les formes les plus lumineuses émergent de la contrainte.

Clotilde Ancarini

Le Follia Throne, par exemple. Ce fauteuil en bronze résume toute ma philosophie. J’ai sculpté la feuille de gunnera et de rhubarbe, généreuse mais délicate, en adoucissant sa rugosité naturelle et en courbant ses bords pour lui donner une posture presque soumise. Pourtant, ce n’est pas un trône de domination. C’est un trône féminin, un cocon, un refuge de chaleur et d’attention. Son pouvoir réside à l’intérieur : il ne commande pas, il embrasse. Pour moi, c’est là l’essence même de la résilience féminine : transformer l’austérité en tendresse, l’autorité en refuge, trouver la force non pas dans la conquête, mais dans la création. Le bronze, immuable et éternel, devient le gardien de cette tendresse… ”

DES EXPOS DANS LE MONDE ENTIER, UN HÉRITAGE À TRANSMETTRE

Certains décrivent son travail comme “simplement beau et raffiné”, ça la fait sourire : “Ce n’est jamais aussi simple que cela. C’est une affirmation que la délicatesse a son importance, que la fragilité perdure, que la beauté féminine n’a pas besoin de rugir pour être entendue. Elle prévaut par la persévérance, en transformant la vulnérabilité en force. Grâce à la technique de la cire perdue, qui capture les détails les plus intimes, je peux sculpter des micro-géométries, tracer des veines aussi fines qu’un cheveu. Le bronze conserve ensuite chaque indentation subtile avec une précision absolue.

Clotilde Ancarini

Quand elle ne travaille pas dix heures par jour dans son bel atelier bruxellois de la Rue de l’Eté, Clotilde expose, beaucoup. La liste de ses expositions est impressionnante. Après Londres et Paris, où elle était en octobre dernier au Pad London et à Design Miami, Paris, elle poursuit à New-York et au Design Miami américain, en décembre. “Il y a quelque chose d’implacable dans le besoin de créer, même lorsque mon corps réclame du repos”, dit-elle. “Mais je commence à comprendre que ce qui me motive aujourd’hui, ce n’est pas seulement la prochaine œuvre ou la prochaine exposition. Je veux laisser quelque chose qui dépasse les collections privées et les salons du design. Je veux inspirer les autres, enseigner, transmettre ce que trois cultures et une vie passée à travailler le bronze m’ont appris sur la façon de transformer la fragilité en permanence. C’est peut-être là le véritable projet : trouver un moyen de partager plus largement cette vision, de créer des œuvres qui n’appartiennent pas seulement à des collectionneurs, mais au monde entier. Des héritages d’un autre genre. Ceux qui nous survivent non pas parce qu’ils sont coulés dans le bronze, mais parce qu’ils suscitent quelque chose dans l’esprit et le cœur de quelqu’un d’autre.”

www.ancarani.com