CANDICE BRASS
Celle qui interroge la mémoire des bébés

Candice Brass

En cette époque où l’humanité semble perdre son âme, un petit livre à la couverture pastel trace un sillon, troublant mais rassurant tout à la fois. Dans “Le Souffle sacré des tout-petits”, la kinésiologue et thérapeute intuitive Candice Braas raconte ses échanges silencieux, d’âme à âmes : celles de bébés, d’enfants et de femmes en désir d’enfant en consultation. Quand les mémoires enfouies de vies antérieures et transgénérationnelles éclairent, et peuvent soigner, les maux souvent inexpliqués par la médecine

Non, ce n’est pas ce qu’on pourrait croire au premier abord. Toute douceur, blondeur et sérénité qu’elle est, la Belge Candice Braas n’a pas la dégaine type d’une prêtresse du New Age des années Flower Power. Mais la tête, bien faite et bien pleine, d’une jeune femme au parcours sans faute dans le marketing de grands groupes. Parce qu’elle le valait bien, son diplôme de gestion et d’administration des entreprises lui avait assuré d’être engagée avant même la fin de ses études. Élevée aux États-Unis jusqu’à l’adolescence, elle avait all the cards, comme on dit. Avec quelque chose de spécial. Depuis sa plus tendre enfance, elle ressentait des présences immatérielles autour d’elle dans une famille qui ne les ressentait/percevait pas. “Des êtres invisibles, souvent bienveillants, mais un peu effrayants pour une petite fille. J’en ai gardé le souvenir de visites nocturnes dans l’espace privé de mon être, des irruptions stressantes. Aux U.S.A., nous vivions proches de la nature, beaucoup de connexions avec des animaux m’ont aidée à gérer ces présences. Mais quand ma famille est rentrée en Belgique, les contacts avec le monde invisible se sont accentués, j’ai été en lien avec un membre décédé de ma famille, mon parrain, que j’ai peu connu. C’était le fils de mon grand-père, mort jeune à l’âge adulte. Une présence profondément bienveillante, comme un accompagnement qui a facilité mon passage du monde anglo-saxon au nôtre.”
Mais quand elle a parlé à son grand-père de ce contact, il a mal réagi : “Sa vie durant, il avait attendu un signe de l’au-delà, un indice attestant la vie après la mort. Et ne comprenait pas que sa petite-fille ait été approchée plutôt que lui, ou son épouse.”

Candice Brass

Ses bébés, ses premiers messagers

Candice en a éprouvé un sentiment d’illégitimité qui, en réaction, l’a poussée à tourner le dos à elle-même et à ce qui la tentait vraiment, la psychologie, la pédiatrie, les métiers en contact avec la petite enfance. Comme l’automobiliste qui donne un coup de volant trop brutal pour éviter l’obstacle… qui n’en était pas un. Mais cette voie choisie lui a bien réussi. Jusqu’au premier enfant (elle en a trois) issu de son mariage, parfaitement heureux.
Premier accouchement difficile, d’une petite fille qui hurle la nuit, sans raison apparente. Cela a duré jusqu’à l’âge de deux ans. Elle se tourne alors vers les thérapies holistiques pour l’aider. Et dévore un livre de Brigitte Denis, “La parole au bébé”. Y découvre qu’un bébé peut partager avec nous ses ressentis profonds et son vécu grâce à un test musculaire de kinésiologie. Hasard ou synchronicité quasi-miraculeuse, la Québecoise Brigitte Denis passe en Belgique pour une formation de “Traductrice de bébés”, elle la consulte. La “dame qui parle aux bébés” lui révèle que, si sa fille la réveille chaque nuit, “c’est pour que sa Maman se sente moins seule”. Stupéfaction : elle, seule, avec une vie comblée, une famille aimante ? Invraisemblable ! Plongeant en elle-même, elle réalisera qu’elle a effectivement vécu avec un grand sentiment de solitude dans son enfance. Seule face à ses ressentis et perceptions…Première lézarde dans le mur des certitudes patiemment érigé depuis l’enfance.

La kinésiologie, mémoire du corps

Puis, comme elle ne voulait pas de la classique “nounou à plein temps” pour poursuivre sa carrière, elle lève le pied. Prend du temps pour réfléchir. Se chercher…Et entame une réorientation professionnelle, orientée vers la kinésiologie, cette “mémoire du corps” et la programmation neuro-linguistique. Mais à l’arrivée de sa deuxième fille, tout s’accélère, avec des soupçons d’une possible trisomie annoncée à trente semaines. Elle est passée dangereusement sous les courbes de poids. Une sage-femme spécialisée dans l’accompagnement émotionnel se met en lien profond avec le bébé in utero, qui lui communique : “J’ai un jumeau, mais je ne le sens plus physiquement, alors je mange moins pour qu’il grandisse…” Candice découvrira que le jumeau était reparti très tôt dans la grossesse, que son absence créait un sentiment d’impuissance et qu’un bébé peut donc somatiser une émotion dans son corps, créant ainsi une pathologie… La petite repasse bientôt miraculeusement au-dessus des courbes, le risque de trisomie est écarté.

Guéris par l’amour, la plus grande des énergies

Ce ne sera que le début de sa deuxième vie, déjà plus de quinze années de plongées dans sa nouvelle réalité, stupéfiante, faite de rencontres avec l’amour des âmes réincarnées dans des bébés, souvent sous l’accompagnement bienveillant de guides spirituels immatériels, des “êtres de lumière”. Leur message à Candice : nous sommes tous nés avec en nous la même source d’amour qui, activée par la compassion, est la clé de l’auto-guérison sur Terre. L’âme lumineuse, ce Souffle sacré des tout-petits qui s’incarnent sur cette terre, peut nous guider sur le chemin de notre propre renaissance, en retrouvant notre propre âme.
C’est la conclusion qu’elle tire des témoignages étonnants (confirmés sur son site www.candicebraas.com par les parents venus consulter) qui forment le corps de son livre. Tous différents et pourtant similaires. Des histoires de bébés et de bobos, parfois graves, auxquelles un véritable transfert d’amour a donné une issue heureuse. Elle raconte ces contacts d’âme à âme comme une expérience multi-sensorielle pour elle, à la fois physique avec le symptôme se manifestant en elle comme guide, mentale, spirituelle, des images qui défilent comme un film en accéléré… Un exemple parmi plus de quarante, celui d’une petite fille de dix mois, traitée pour une tumeur buccale depuis l’âge de trois mois. Selon le pronostic, elle ne pourrait jamais voir ses dents pousser du côté de la tumeur. Impossible. La consultation remontera au drame, dans une autre vie, d’une enfant d’une famille noble si maltraitée par sa nourrice qu’elle en développa un abcès dentaire, mortel. Et la petite fille, finalement, verra pousser ses dents contre toute attente. Suite à la séance ? Impossible à dire, l’important est qu’elle soit aujourd’hui en pleine santé.

Candice Brass

La petite fille qui refusait de manger

“Chacune de ces connexions avec des cas aussi différents m’a impactée, m’a amenée un peu plus loin sur le chemin de la compréhension, comme pour me signifier que j’étais sur la bonne voie”, poursuit Candice. Elle dit avoir été particulièrement impressionnée par le contact avec une petite fille de 15 mois. Elle mangeait comme un oiseau, au désespoir de sa maman, elle-même plutôt ronde. Une séance révèle, dans une vie antérieure, l’image d’une fratrie de sept enfants, dans une famille d’agriculteurs menacée par la famine. Ils mouraient de faim, les uns après les autres et la dernière à mourir, vous l’avez compris, était l’âme venue s’incarner dans la petite fille. “Elle me disait “Si j’ai de l’embonpoint, je serai seule”… L’âme de sa petite sœur, morte juste avant elle, s’était incarnée dans sa mère. Quand elles ont compris que la séparation avec ceux qu’on aime n’est jamais que temporaire, les nœuds créés par les traumatismes du passé ont lâché. La petite, à la stupéfaction de sa pédiatre, a trouvé l’appétit, croquant la vie à belles dents et sa mère, en quelques semaines, a perdu dix kilos…”
Incroyable ? Les perspectives qu’ouvre ce livre bourré d’exemples sont, c’est vrai, ébouriffantes pour l’Occidental lambda – même si la croyance en la réincarnation, ancrée dans une bonne partie de l’humanité avec l’hindouisme et le bouddhisme, gagne du terrain. Et est partiellement corroborée, notamment par les recherches de Ian Stevenson, un professeur de psychiatrie à l’université de Virginie qui avait recueilli environ 2300 témoignages de souvenirs de vies antérieures. Accusé de manquer de rigueur (l’étude du paranormal a des adversaires résolus), il en a retenu 20, surtout des cas de xénoglossie, où le sujet sous hypnose se met à parler couramment dans une langue inconnue de lui à l’état de veille ! Dans toutes les langues, ça s’appelle un mystère.

La pure vibration des tout-petits

Candice Braas s’en tient aux siens, et à ces tout-petits dont l’âme vient à la rencontre de la nôtre – peut-être la même pour nous tous, au travers de corps-histoires différents. Elle sait que, chez elle, au début de tout ceci, la grossesse a fait son œuvre. “Une femme enceinte se découvre habitée par un petit être qui a sa propre énergie, sa propre sensibilité. Un bébé in utero, c’est une vibration pure, encore proche de la source que nous pouvons appeler Dieu, pas encore formatée par tous les conditionnements de la société et de l’éducation. Elle est tellement stimulante que, par une sorte d’effet miroir, elle réveille notre propre vibration, notre être profond, divin. Je l’ai vécu lors de ma première grossesse. Des choses ont alors remonté en moi que j’avais enfouies, occultées pour prouver aux autres que, si je voulais, j’étais capable d’être comme eux. Je crois que cela avait été un passage obligé pour développer mon cerveau rationnel et pouvoir mettre ces capacités au service de mon intuition et de quelque chose de plus grand que moi. Être capable d’expliquer les choses, de faire un pont entre les mondes …”

Elle a échappé au dilemme classique de l’esprit cartésien, la difficulté de rester ouvert à ce qui est potentiellement dérangeant ; ceux qui le tentent se condamnent à l’inconfort d’être assis sur une lame de rasoir, à cheval entre deux – voire plusieurs – possibilités de tomber. L’invisible, Candice Braas était “tombée dedans” toute petite. Elle y est heureuse aujourd’hui. Visiblement. S.P.

Le Souffle sacré des tout-petits, éditions Le Souffle d’Or.
Toutes les activités de Candice Braas sur www.candicebraas.com

Texte Stève Polus
Photos © Alexandre Goossens